1913

Extrait du roman de Pierre Galibert “Le livre sur la commode”

Si le 11 novembre s’apprête à marquer l’histoire de France, c’est par ailleurs, la date de naissance de notre association. Roland Garros avait effectué trois semaines auparavant la première traversée de la Méditerranée en avion. Burt Lancaster, Vivien Leigh et Albert Camus arrivaient en ce bas monde et Marcel Proust publiait son immense  Du Coté de chez Swan. Charles Trenet et Richard Nixon étaient de la première partie de l’année.Jean Marais allait naître un mois après, jour pour jour.

Côté rugby, c’est aussi en 1913 qu’est né le Biarritz Olympique, fusion du Biarritz Stade et du Biarritz Sporting Club. Le Castres Olympique a déjà 7 ans et ne sera champion de France qu’en 1949 et 1950 : c’est d’ailleurs l’année d’après que les Bonnes Vacances deviendront propriétaires du côté d’Arcachon et les supporters ne reverront le bouclier que bien plus tard : je garde en mémoire le capitaine emblématique, Francis Rui, brandissant le Brennus sous l’œil du Président Mitterrand au Parc des Princes en 1993.

En 1913, personne, ni les joueurs du Castres Olympique, ni les créateurs qui portèrent sur les fonds baptismaux notre association, n’avaient véritablement discerné les ravages du conflit qui arrivait. Avec la première guerre mondiale, la ville de Castres allait subir beaucoup de pertes humaines et l’équipe de Rugby fut décimée. Les jeunes joueurs avaient l’âge requis pour être appelés sous les drapeaux et partir à la guerre. Les pertes furent énormes ici et ailleurs. Aucun club de rugby du sud ne fut épargné.

Alors que les statuts de notre association venaient d’être déposés à Castres, à 200 kilomètres de là, un jeune homme devenait le petit prince du rugby du côté de Perpignan. Il avait à peine 18 ans et débutait une saison qui se terminerait, 10 mois après, par l’obtention du graal rugbystique : il fit gagner l’USAP et offrit le bouclier à son équipe lors de la finale de mai 1914.

1913

Aimé Giral et ses coéquipiers

Ce beau jeune homme, star catalane, adulé par des centaines de supporters avait une chance insolente et une longue et belle vie s’offrait à lui. L’histoire de notre pays allait en décider autrement et la suite est effroyable : il partit pour la guerre avec ses coéquipiers en comprenant déjà qu’il ne reviendrait pas. Il mourut pour la France quinze jours avant ses vingt ans. Il s’appelait Aimé Giral.

Le président Armand Fallières renonce à briguer un deuxième septennat en Janvier 1913. Raymond Poincaré, candidat déclaré depuis 1912 s’oppose à Paul Deschanel et Georges Clemenceau qui font campagne contre lui. Raymond Poincaré prendra officiellement ses fonctions le 18 février.

La voiture officielle du Président de la république a toujours été de marque française. Chaque président la choisit en fonction de ses goûts. Chirac roulait en Citroën C6. Mitterrand préférait la Renault 25, Giscard la Peugeot 604, Pompidou avait une Citroën SM et l’on se souvient de la DS du Général. En 1913 Raymond Poincaré est le premier Président à utiliser une vraie voiture officielle: un coupé Panhard et Levassor.

Cette année marquera à jamais l’histoire de l’Elysée. Poincaré fait installer l’électricité dans tout le palais présidentiel mais les solennelles réceptions sous les grands lustres nouvellement électrifiés vont attendre car la guerre arrive.

1913 1

Jean Jaurès  (1859 – 1914 )

 

En 1913, Castres comptait 27 000 habitants. Ville industrielle, elle s’est développée rapidement avec ses industries textiles à qui, une quarantaine d’années plus tard, les Bonnes Vacances devront beaucoup…

Je situe parfaitement dans Castres, les rues ou avenues qui portent les noms d’anciens maires de la ville : Lucien Coudert, Louis Vieu, Auguste Sicard et Jean Aribat, ou encore  Louis Alquier-Bouffard ou François Houpe. Mes pas ne m’ont jamais entraîné du côté de la rue Louis Balayé : il est possible qu’elle n’existe même pas. C’était pourtant le Maire de Castres en 1913. Il n’est pas resté dans les mémoires de la sous-préfecture contrairement au député du Tarn de l’époque – natif de Castres –  dont le nom est associé à l’histoire du pays tout entier. On peut concevoir que celui-ci ait feuilleté le Journal Officiel, ce 11 novembre 1913, lisant les lignes consacrées à la naissance de notre association en pensant à Louis-Paul, son fils,  qui du haut de ses 15 ans pourrait partir en camp avec notre structure naissante. Louis-Paul ne sera jamais colon aux Bonnes Vacances et mourra trois ans plus tard, en bon soldat. Sa grande sœur, Madeleine, s’éteindra beaucoup plus tard à l’âge de 62 ans, l’année où l’abbé Gau achètera le domaine de la Teste, en 1951. Dans tous les collèges et lycées de France, on apprend surtout que Jean Jaurès perdra la vie au Café du Croissant, fin juillet 1914.

 

 

Vous pouvez télécharger gratuitement “Le livre sur la commode” de Pierre Galibert