Du bon côté de l’avenue

Extrait du roman de Pierre Galibert “Le livre sur la commode”

 

En 1962, L’abbé Gau recruta quelques jeunes de la paroisse tarnaise où il était vicaire, la Cathédrale, pour construire ce qui allait devenir le bâtiment de l’infirmerie. Les jeunes devaient, sous les directives de Gau, travailler plus que de raison ; peu importe car le charisme du prêtre faisait accepter les exigences les plus difficiles. Le bénévolat était nécessairement de rigueur. En retour, l’abbé passait Chez René, à l’entrée de La Hume, commandait un plateau de fruits de mer pour une dégustation conviviale le soir à la colo. On imagine donc qu’aujourd’hui quelques grands-parents castrais peuvent s’enorgueillir d’avoir été, l’espace de quelques jours de chantier, des Bâtisseurs des  Bonnes Vacances. Ils sont certainement nombreux et les souvenirs glanés ici et là ne me permettent pas de les citer tous. Qu’ils me pardonnent !

Le découpage des paroisses castraises est parfois surprenant : le coté gauche de l’avenue de Roquecourbe est relié à l’église Saint Jean-Saint Louis de l’Albinque et les résidents du côté droit sont rattachés à la Cathédrale. Heureusement que l’atelier et la maison du menuisier du quartier étaient du côté de la paroisse de l’abbé Gau… Sans ce hasard administratif, l’abbé n’aurait peut-être jamais rencontré Monsieur Fabriès qui offrit énormément pour les Bonnes Vacances. Ses trois fils, Pierre, Michel et Jean-Claude connurent aussi les joies du domaine testerin.
Les établissements Fabriès de l’avenue de Roquecourbe fournirent, entre autres, les incroyables tables des salles à manger de la colo. Ces mastodontes en formica, très tendance à l’époque, ont accueilli les assiettes des colons pendant des décennies ; l’ingénieux menuisier avait placé des casiers de rangements aux extrémités pour abriter les serviettes des colons entre les repas. Ces tables sont toujours à la colonie mais leur utilisation première a été judicieusement détournée : toutes rassemblées, elles se sont transformées en  imposante scène qui accueille les spectacles des enfants sous le préau depuis plusieurs années. Les chorégraphies d’aujourd’hui rassemblent de nombreux jeunes et beaucoup de mouvements : les tables ne bougent pas d’un millimètre et ont retrouvé une seconde jeunesse.
Notons que Monsieur Fabriès avait également offert à l’abbé Gau toutes les huisseries du bâtiment principal.

Du bon côté de l’avenue

L’abbé Gau

Des anecdotes réelles deviennent, avec la patine du temps, de belles fables. Des faits qui n’ont peut-être jamais existé alimentent les légendes transmises à travers les générations. On ne distinguera jamais le vrai du faux : peu importe…
On  raconte ainsi que l’abbé Gau se promenait la nuit, fusil à la main, pour éloigner quelques jeunes hommes qui rôdaient autour du chemin des Bordes, attirés par les séjours des filles…
Gau dut se résoudre à trouver encore mille astuces pour faire rentrer quelque argent. Il eut l’idée, à la fin des années 60, de louer le centre à d’autres associations. Ainsi, des petits savoyards et des petits lorrains vinrent séjourner chez nous durant les mois de juillet. Ces rentrées financières permirent de faire une cuisine toute moderne et d’acheter des couvertures neuves.

A la fin de l’été dernier, Gilbert Balayé a eu le privilège d’accueillir et de faire visiter le centre à un couple de retraités qui n´étaient pas arrivés là par hasard. Lui faisait partie des petits colons savoyards qui étaient venus à l’époque.

 

Vous pouvez télécharger gratuitement “Le livre sur la commode” de Pierre Galibert