Des  abbés et un pape

Extrait du roman de Pierre Galibert “Le livre sur la commode”

 

L’abbé Alain Hevin  fit planter, grâce à la générosité de son frère horticulteur, beaucoup d’arbres sur le domaine et notamment les noisetiers. On raconte que tous les menus pendant les séjours avec Hevin étaient composés de patates. De quoi faire s’arracher les cheveux aux diététiciennes modernes : mais y avait-il plus d’enfants en surpoids à l’époque ? Je ne le crois pas.

Avec le maire, l’abbé Bertrand était le notable d´Espérausses. Monsieur le curé avait fréquenté aussi le domaine testerin quand il officiait à Castres. Au début des années 70, le village abritait encore de nombreuses familles et de nombreux enfants. Jean Fabre, le boulanger et cousin de ma grand-mère, envoyait, sur les conseils du prêtre, ses petits séjourner chez nous. Ainsi, après avoir récupéré des colons du côté de Lacaune, le bus des Bonnes Vacances  s’arrêtait, alors que le jour ne s’était pas encore levé, sur la place du village devant le monument aux morts pour embarquer Elisabeth, Françoise, Danielle, Jacqueline, Bruno et peut-être même Jean-Marc. Anne n’était pas encore née. Le bus, après une autre halte à Brassac, arrivait alors à la gare routière de Castres.

Des abbés et un pape

Georges de Caunes et l’abbé Pistre

L’abbé Pistre avait dirigé des séjours à Labessonnié. et avait joué dans sa jeunesse comme troisième ligne au Sporting club albigeois. Le jeune Henri fut ordonné prêtre en 1923. La légende nous dit que, à la fin de la cérémonie, il dégrafa simplement le haut de sa soutane et ses copains virent qu’il portait, en guise de chemise, un vieux maillot délavé du SCA. En 1934, il devint l’entraîneur du Castres Olympique. Durant les années 1960, le journaliste sportif Georges de Caunes le contacta pour commenter des matchs du tournoi des 5 nations aux côtés de Roger Couderc, puis de lui-même quelques années plus tard. L’accent rocailleux du Pape du rugby, comme on l’appelait alors, résonne encore dans la tête des supporters les plus anciens.

L’abbé Pistre allait nous quitter en 1981. La même année que mon père.

La douce folie du jeune abbé Sauret était délicieuse. Passionné de mécanique, le père venait rendre visite à ses copains directeurs à moto ou avec sa 2CV trafiquée qui, selon les dires du passager Armand Donnadille, doublait tous les véhicules depuis Castres. La vitesse du bolide impressionna même quelques autochtones qui interpellèrent le conducteur lors de l’arrêt au passage à niveau de Facture :
Mais comment se fait-il que votre voiture aille si vite ?
Et le malicieux prêtre de répondre en regardant les cieux :
–  Le bon Dieu mon fils, le bon Dieu…

On a même vu l’abbé rentrer avec sa moto dans la cuisine et effectuer plusieurs tours en faisant gronder son moteur dont la fumée se mélangeait à celle des marmites !
L’abbé Mathieu s’éloignait peu de Barral qu’il dirigeait. Il venait cependant séjourner quelques jours en été à la colo. Il était passionné par la photographie, encore argentique, et se déplaçait sur les activités avec son précieux Leica en bandoulière. Mathieu m’impressionnait par l’écoute dont il faisait preuve et les petits le sollicitaient souvent. A Barral, il savait interpeller chacun de ses mille élèves par son prénom. Jamais il ne se trompait.
Mathieu interrogea le jeune directeur sur cette nouvelle recrue qui s’affairait cette année-là du côté du camp vélo.
–  Jean-Luc, qui est ce nouveau moniteur qui répare les vélos là-bas?
– C’est Philippe, Monsieur le Supérieur. Je l’ai rencontré à Briatexte. Il travaille dans un garage et monte des pneus. Il rêve de se lancer dans l’animation…
La rentrée suivante, Mathieu l’embaucha comme surveillant à Barral et Philippe Pelizzon poursuit encore aujourd’hui une carrière qui le passionne auprès des enfants.

Au début des années 60, l’abbé Gau dut se résoudre à obéir à sa hiérarchie et s’occuper de la paroisse de Viane en mettant quelque temps la colonie entre parenthèses. Il en fut très malheureux. Un jeune prêtre, Raymond Sahuquet, prit le relais et fit, entre autre, surélever le bâtiment central pour organiser les futurs dortoirs sous la présidence d’un quincaillier castrais : Monsieur Lavit.

Les Bonnes Vacances furent donc pendant de très longues années une association confessionnelle. Les prêtres ont vraiment marqué ce premier siècle mais ils ne sont plus là aujourd’hui et les signes de la religion catholique se sont progressivement éteints pour disparaître totalement. La petite chapelle que j’ai connue dans les années 1980, était dissimulée derrière les étagères de la lingerie et pouvait accueillir quatre ou cinq fidèles. Elle a ensuite déménagé dans la plus petite pièce du chalet avec, pour seul vestige, une vierge posée sur une étagère chancelante dans ce qui est devenu une chambrette exiguë. L’autre jour, la statue de plâtre est tombée. Personne n’a pensé à recoller les morceaux…

 

Vous pouvez télécharger gratuitement “Le livre sur la commode” de Pierre Galibert