Le klaxon de la boulangère

Extrait du roman de Pierre Galibert “Le livre sur la commode”

Le camping des familles portait bien son nom et pouvait accueillir, entre autres, les parents qui venaient rendre visite à leur progéniture pendant le séjour ou à l’occasion de la journée des parents. Cette tradition d’accueillir les parents pour qu’ils puissent visiter leurs enfants, avait beaucoup de succès auprès des adultes. Beaucoup moins auprès des enfants : le matin, il fallait gérer les pleurs de ceux qui ne voyaient pas arriver maman ou papa et le soir, la tristesse de la séparation des petits dont les parents partaient.

Le camping s’est structuré au fil des ans. A l’origine, dans les années 50, c’est dans cette partie du domaine que l’Abbé Gau autorisait les premiers « parents-campeurs » à planter leur toile. Il n’y avait pas d’équipement particulier. Des marabouts, pour les plus grands des colons, s’élevaient à l’emplacement actuel des sanitaires du camping. C’est en 1975 que Victor Foures et Jean Azemar commencèrent à organiser l’activité : Madeleine Donnadille enregistrait les campeurs et leur fournissait la carte de membre. Jacques Donnadille était aussi impliqué dans cette nouvelle activité. A la fin des années 1990, Henri Blanc et son épouse donnèrent une belle impulsion au fonctionnement du camping. Depuis une dizaine d’années, Henri Combes préside aux destinées de nos campeurs et fourmille de projets pour son développement.

Notre camping est à contre-courant de campings actuels : pas de piscine, pas de soirée dansante, pas d’animation. En revanche, du calme, des emplacements ombragés et des familles paisibles qui se reposent. Seuls quelques cris d’enfant jouant à vélo ou le klaxon de la boulangère qui arrive avec les baguettes chaudes peuvent venir perturber le calme des lieux. C’est le paradis. Il y a toujours le souvenir de Madame Coste convoquant mes filles pour déguster quelques crêpes maison. Il y a toujours l’âme de son époux, celle d’Etienne, force de la nature, qui nous a beaucoup aidés au camping et à la colo.

A la fin des années 70, les camps II et III n’existant pas encore, ce grand espace permettait une ressource lucrative : accueillir les gens du voyage et leurs caravanes. A l’origine, deux ou trois messieurs bien mis étaient venus négocier la possibilité de s’installer sur nos terres et avaient essuyé un refus catégorique de Jacques Donnadille. Deux ou trois jours après, ils revinrent avec une proposition alléchante : le loyer proposé allait faire du bien à nos finances. Jacques accepta de les recevoir. Quatre ou cinq caravanes prirent place, puis dix et enfin quinze ou vingt. La gestion de cette population était à risque et Jacques avait parfois du mal à récupérer les sommes dues : il passait le samedi et les petits gitans de répondre inlassablement que les parents n’étaient pas là… Il fut décidé de ne plus accueillir des gens du voyage au fond de la colo et de fermer l’ensemble du domaine pour gérer l’accès et éviter les indésirables. Chaque année, à Pâques, sous l’impulsion de Jacques Donnadille, Victor Fourrés, Jean Azemar et l’abbé Escande, quelques dizaines de mètres de clôture étaient réalisés. La colonie est entièrement close aujourd’hui et quelques vieux sommiers en ferrailles font encore office de somptueux portails. Les gens du voyage ne s’aventurent plus sur nos terres.

 

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