La Rosière de Louise

Extrait du roman de Pierre Galibert “Le livre sur la commode”

 

La Rosière de Louise

Armand Donnadille au fond et Louise Donnadille à droite

Du côté de Labessonnié, à l’aube des années 50, les temps étaient difficiles, les caisses vides, les ressources faibles et les salaires inexistants. Les bénévoles s’activaient déjà. Parmi eux, Armand et Louise Donnadille avaient été recrutés pour l’intendance et la cuisine. Leur fils Jacques, âgé d’une quinzaine d’années, aidait au ravitaillement et aux achats dans les fermes voisines avec une remorque accrochée à son vélo. Un jour, emporté par l’ivresse de son bolide bricolé, le petit Jacques vit même sa carriole le doubler dans une descente et les litres de vin et de lait transportés se perdre sur la chaussée. On imagine le courroux maternel doublé par les foudres divines de l’abbé…
Jacques passera son BAFA avec Pierrot Fabriès un peu plus tard au CREPS de Toulouse.
Les parents de Jacques suivirent le mouvement vers les séjours girondins. Sa maman était toujours aux fourneaux. Son papa, entre autre, coupait le bois nécessaire. Louise Donnadille cuisinait dans un énorme faitout, une Rosière, toujours visible en 2013 sur le site testerin : n’allez pas le chercher du côté de la cuisine, l’increvable marmite étant devenue aujourd’hui un imposant bac à fleurs devant la laverie…
Louise s’épuisait à maîtriser un budget que Gau serrait chaque jour davantage.
La cuisinière essayait de varier au mieux les menus pour l’équilibre des petits.
Monsieur l’abbé ! Pouvons-nous acheter des fruits ?
– Il n’en n’est pas question Madame Donnadille, c’est trop cher…
– Mais c’est excellent pour la santé ! Je ferai une bonne salade de fruits pour dessert…
– Ouvrez-donc une boite de confiture et rajoutez de l’eau !

Madeleine se souvient pareillement de son beau-père, lui aussi, essayant toujours de minimiser le coût des rations :
– Bon Papa, à peine deux petits rôtis pour toute la colo ?
Et Armand Donnadille de couper minutieusement des tranches de viandes plus fines que du papier Job. Armand et Louise enchaînaient, certains étés, les trois séjours qui se terminaient toujours par la même phrase du prêtre et la même réponse de Louise :
Madame Donnadille, cette année je ne pourrai pas vous payer.
– S’il n’y a pas d’argent… ce n’est pas grave.
Malgré la récession permanente, le centre prenait forme de jour en jour, de saison en saison, d’année en année grâce aux relations et aux mille astuces développées par Gau. L’abbé fut à l’initiative du montage du bâtiment blanc. Les moyens financiers ne permettaient pas d’engager une construction coûteuse. Gau négocia avec son bienfaiteur Marcel Pélissier, la possibilité de récupérer un hangar de l’usine castraise voué à la démolition. Marcel Pélissier fut, une fois de plus, à la hauteur des espérances de l’ecclésiastique et offrit l’imposante charpente d’un hangar de tissage avec fenêtres et  portes. L’industriel prit également à sa charge le démontage à Castres, le volumineux transport jusqu’en Gironde et le montage à La Teste en dépêchant certains de ses ouvriers.
Aujourd’hui, le doux ronflement des petits colons succède donc au vacarme lancinant des métiers à tisser qui résonnait sous ce même toit une soixantaine d’années plus tôt …

 

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